Syeed Ahamad from IID presenting. Photo: Zoe Lawson
Syeed Ahamad from IID presenting. Photo: Zoe Lawson

À quoi ressemble la redevabilité sociale dans la pratique ?

Des militants pour l’éducation de toute l’Asie partagent leurs expériences concrètes en matière de redevabilité sociale dans le domaine de l’éducation — désormais synthétisées en six mesures concrètes qui contribuent à transformer la voix des citoyens en une véritable réforme du système.

En 2025, des militants pour l’éducation du Bangladesh, du Népal, du Pakistan, du Vietnam et des Philippines se sont réunis dans le cadre d’un programme d’apprentissage collaboratif sur la redevabilité sociale. Cette initiative a été lancée pour aider les organisations de la société civile œuvrant dans le domaine du plaidoyer pour l’éducation à tirer parti de leurs expériences respectives et à renforcer leurs approches en matière de redevabilité sociale. Pendant plusieurs mois, les partenaires ont échangé leurs expériences, mené une réflexion sur leur travail et examiné comment la redevabilité sociale se concrétise dans la pratique au sein des différents systèmes éducatifs d’Asie.

Les six stratégies ci-dessous mettent en évidence les principaux enseignements que les organisations de la société civile peuvent adapter à différents contextes.

Une redevabilisation efficace commence par la compréhension des expériences réelles des personnes, plutôt que par des suppositions sur les besoins des communautés. Au Népal, l’organisation Karkhana Samuha utilise une approche centrée sur l’humain pour ancrer son travail dans les réalités du quotidien :
« Nous commençons par un geste simple : écouter les expériences réelles des gens au lieu de présumer de leurs besoins. Nous prenons le temps de comprendre leurs défis quotidiens, ce qui les frustre, ce qui les motive et ce qui les aide à apprendre et à s’épanouir. »

En offrant aux élèves, aux enseignants et aux communautés un espace où ils peuvent clairement exprimer ce qui fonctionne — et ce qui ne fonctionne pas —, les initiatives de redevabilité sociale s’ancrent dans l’expérience vécue plutôt que dans des hypothèses extérieures. Cela s’inscrit dans un cycle itératif qui renforce continuellement la confiance et l’apprentissage tant au sein de la communauté que de l’organisation chargée de la mise en œuvre.

La redevabilité sociale porte ses fruits lorsque ce sont les acteurs locaux eux-mêmes qui mènent le processus. Un représentant du MACDI Vietnam a expliqué :
« Notre stratégie vise avant tout à autonomiser les acteurs locaux — ces acteurs de terrain qui sont les mieux placés pour observer ce qui se passe sur le terrain. »

Le MACDI a mis au point des outils pratiques pour soutenir ce rôle de premier plan, notamment un manuel et des instructions détaillées qui permettent aux groupes communautaires de collecter des données, de formuler des commentaires constructifs à l’intention des autorités et de plaider en faveur d’améliorations en toute confiance.
Comme ils l’ont souligné, les outils ne suffisent pas à eux seuls. Le renforcement des capacités, la sensibilisation et la mise en place de mécanismes de retour d’information clairs aident les communautés à transformer ces informations en un dialogue constructif avec les décideurs.

Aux Philippines, le Centre for Youth Advocacy and Networking (CYAN) veille à ce que les jeunes ne soient pas seulement des participants, mais aussi des leaders. Mark, du CYAN, explique : « Un mouvement de redevabilité sociale véritablement mené par les jeunes commence par le fait que ce sont eux-mêmes qui définissent les priorités — lorsque les enjeux et les revendications découlent de leur expérience vécue, et non de celle des adultes. »

Les jeunes conçoivent des outils de suivi, collectent et interprètent les données, et décident de la manière dont les résultats sont utilisés pour mener des actions de plaidoyer. Les adultes continuent de jouer un rôle important, mais d’une manière différente : « Les adultes continuent de jouer un rôle de facilitateurs : ils ouvrent des portes, offrent un accompagnement et veillent à la sécurité, sans jamais prendre le contrôle des décisions ni occuper le devant de la scène. »

Le leadership des jeunes passe également par un véritable partage du pouvoir, notamment l’accès aux ressources et un dialogue direct avec les responsables publics. Lorsque l’on fait confiance aux jeunes en tant qu’experts de leur propre réalité, les efforts en matière de responsabilisation gagnent en dynamisme et en durabilité.

Qaiser, de l’Institut des sciences sociales et politiques (I-SAPS) du Pakistan, a souligné l’importance de fonder le plaidoyer sur des données factuelles que les gouvernements reconnaissent comme légitimes.
« Nous donnons les moyens aux citoyens et aux acteurs de la société civile en renforçant leurs capacités à utiliser des données et des éléments factuels crédibles dans le domaine de l’éducation afin de dialoguer efficacement avec les autorités éducatives. »

Leur approche privilégie les ensembles de données publics — systèmes d’information sur la gestion de l’éducation, budgets officiels et registres administratifs — car les autorités se montrent plus réceptives lorsque les discussions s’appuient sur des données reconnues, plutôt que sur des données recueillies de manière indépendante par des organisations de la société civile.

Il est tout aussi important de relier les données factuelles à des réalités concrètes : « Si l’on se contente de dire qu’il y a 25 écoles sans toilettes, cela n’a guère d’impact. Mais lorsque l’on cite les noms précis de ces écoles et de ces communautés, les autorités se montrent plus réceptives. »

Pour l’I-SAPS, la responsabilité sociale renforce les systèmes par la collaboration plutôt que par la confrontation :
« La responsabilité sociale vise à rendre les systèmes éducatifs plus réactifs — grâce à des données factuelles, à la participation et à la confiance, et non par la pression. »

5. Garantir l’inclusion dès le départ

IID Bangladesh a souligné que la redevabilité échoue lorsque la participation exclut les personnes les plus touchées.
« La redevabilité échoue lorsqu’elle n’est pas inclusive. »

Leur travail met délibérément l’accent sur les femmes, les enfants, les minorités ethniques, les minorités de genre et les personnes handicapées, en créant des espaces sûrs et accessibles pour la participation et en investissant dans le renforcement de la confiance afin que les groupes marginalisés puissent s’exprimer ouvertement.
Au-delà des actions individuelles, l’inclusion doit devenir une pratique institutionnelle :
« Nous devons ancrer l’inclusion dans nos structures, afin que les politiques, les protocoles et les systèmes garantissent toujours que la voix de chacun soit entendue. »

Toutes ces expériences ont mis en évidence un constat commun : la redevabilité sociale donne les meilleurs résultats lorsqu’elle favorise un engagement constructif plutôt que des conflits. Les participants ont décrit ce processus comme un moyen qui « transforme les plaintes en dialogues, créant ainsi des partenariats plutôt que de se livrer à un jeu de reproches ».

Grâce au dialogue, aux données factuelles et à la participation, la redevabilisation devient un effort collectif visant à améliorer les systèmes éducatifs plutôt qu’à s’y opposer.

Partout en Asie, des tendances communes se dessinent. La responsabilité sociale commence par l’écoute des communautés, l’autonomisation des citoyens pour qu’ils agissent, et le recours aux données factuelles et au dialogue pour impliquer les décideurs. Elle repose essentiellement sur des citoyens convaincus que les systèmes éducatifs peuvent mieux fonctionner lorsque les personnes et les institutions travaillent main dans la main. Ce changement — passer de l’attente à l’action — est essentiel. Saraswati, de Karkhana Samuha au Népal, a souligné que les citoyens ne comptent pas simplement sur les autorités pour initier le changement : « Les citoyens ne se contentent pas d’attendre que le gouvernement agisse, mais veillent activement, remettent en question et assument leurs responsabilités envers les services publics. »

Qaiser, de l’I-SAPS Pakistan, a également souligné que : « L’objectif est de responsabiliser le système afin qu’il dispense une éducation équitable et de qualité — en améliorant les décisions, en comblant les lacunes et en renforçant la confiance entre l’État et ses citoyens. »

Pour en savoir plus sur la manière dont Education à Voix Haute aide les organisations de la société civile à renforcer la redevabilité sociale dans le domaine de l’éducation, rendez-vous sur : Education à Voix Haute : les voies vers la responsabilité sociale