Comment le plaidoyer de la société civile a rendu l’alimentation scolaire plus inclusive au Rwanda

Autrefois, de nombreux enfants quittaient l’école à l’heure du déjeuner car leurs familles n’avaient pas les moyens de contribuer aux repas scolaires. Aujourd’hui, un programme élargi — fruit d’un plaidoyer soutenu de la société civile — contribue à garantir que chaque enfant puisse rester à l’école, manger et apprendre.

À l’heure du déjeuner, la cour de l’école maternelle, primaire et secondaire GS Mburabuturo dans le district de Kicukiro, à la périphérie de Kigali, la capitale du Rwanda, présentait autrefois un contraste saisissant. Certains apprenants allaient manger, assiettes à la main, tandis que d’autres quittaient silencieusement l’enceinte de l’école, parcourant souvent de longues distances pour rentrer chez eux dans l’espoir d’avoir un repas qui n’était pas toujours garanti.

Depuis 2002, l’alimentation scolaire constitue une priorité stratégique du gouvernement rwandais pour lutter contre la faim et améliorer l’accès à l’éducation des enfants les plus vulnérables. Comme le souligne la politique nationale d’alimentation scolaire de 2019 (révisée en 2024) du Rwanda, « un enfant affamé ne peut ni grandir, ni apprendre, et s’expose à de nombreux risques pour sa santé future. »

Toutefois, dans sa phase initiale, le programme ne parvenait pas à toucher l’ensemble des apprenants. Une contribution financière, même modeste, était demandée aux familles, ce qui exerçait une pression importante sur les ménages à faibles revenus. Selon la société civile, notamment la Coalition rwandaise pour l’éducation pour tous (REFAC – Rwanda Education for All Coalition), de nombreux enfants sont ainsi restés exclus du programme.

« En 2019, les apprenants dont les familles n’étaient pas en mesure de financer le repas de midi, devaient soit rester à l’école le ventre vide, soit manquer les cours pour aller manger. Beaucoup ne revenaient pas après le déjeuner et l’école GS Mburabuturo affichait alors un taux d’abandon scolaire de près de 25 % », explique Mathias Sindayigaya, le directeur de l’école.

Face à cette situation, la REFAC et ses organisations membres ont mené des recherches coordonnées, un plaidoyer structuré et un dialogue soutenu sur les politiques éducatives, afin de garantir qu’aucun apprenant ne soit exclu du programme d’alimentation scolaire.

Soutenue par L’Éducation à voix haute, la coalition a mobilisé un large éventail de parties prenantes – des ministères aux dirigeants locaux – afin de plaider en faveur d’une augmentation du budget gouvernemental consacré à l’alimentation scolaire.
« Nos recherches, présentées en mars 2023, démontrent qu’un repas nutritif quotidien améliore les performances scolaires jusqu’à 20 % », explique Joseph Runezerwa, directeur général de Child First Initiative et membre de la REFAC. « Investir dans l’alimentation scolaire, c’est investir dans l’avenir du Rwanda. »

Le changement est survenu en 2021. Le budget consacré à l’alimentation scolaire est passé de 22,1 milliards de francs rwandais en 2021-2022 à 90 milliards en 2023-2024, permettant ainsi au programme de toucher l’ensemble des apprenants des écoles publiques. Les contributions financières des familles ont été réduites à moins d’un dollar par trimestre, rendant la participation au programme plus accessible.

« À l’école GS Mburabuturo, le programme a eu un impact remarquable », explique M. Sindayigaya. « Le taux d’abandon scolaire est passé de 25 % à seulement 10 % en 2024. Les parents se disent rassurés de savoir que leurs enfants mangent et apprennent dans de bonnes conditions. »

Les élèves ont également ressenti la différence. « Je ne me préoccupe plus de la nourriture pendant la journée d’école, je peux désormais me concentrer sur mes leçons », explique Benie, une élève du secondaire. « Avant, je rentrais chez moi à l’heure du déjeuner, mais parfois il n’y avait rien à manger », ajoute Jacques, lui aussi élève du secondaire.

Pour les familles qui peinent déjà à assumer les frais de scolarité, les uniformes et les autres besoins essentiels, les repas quotidiens à l’école apportent stabilité et motivation. Les enseignants témoignent également du changement. « Désormais, tous les élèves sont en classe après le déjeuner, attentifs et prêts à apprendre », explique Clarisse Uwitonze, institutrice à l’école GS Mburabuturo. « Nous n’avons plus à gérer les interruptions causées par les enfants qui partent manger. »

Pour Bizimana, la cuisinière de l’école, le changement est tout aussi significatif. « Avant, les repas étaient réservés aux enfants dont les parents avaient les moyens de payer. Les autres passaient la journée sans manger », se souvient-elle. « Maintenant, plus aucun enfant n’a faim. »

L’approche de plaidoyer de la REFAC, appuyée par L’Éducation à voix haute, repose sur les données probantes, le dialogue et un travail de suivi. La coalition mène des recherches et des enquêtes au niveau des écoles afin d’identifier les lacunes dans la mise en œuvre.

Elle intègre ensuite ces données probantes dans les dialogues sur les politiques éducatives et les documents de position transmis au ministère de l’Éducation, ainsi qu’aux autres parties prenantes. Enfin, elle assure un suivi grâce à des activités de surveillance, à des formations et au renforcement des capacités des écoles et des acteurs locaux.

Ce travail va au-delà de l’alimentation scolaire pour atteindre des priorités d’inclusion plus vastes, notamment des dispositifs d’assistance, du matériel d’apprentissage et des infrastructures accessibles pour les apprenants en situation de handicap.

À l’avenir, la REFAC prévoit de renforcer davantage le programme. « Nous continuerons à mobiliser le gouvernement, les autorités de district et les communautés pour nous assurer que le programme est pleinement inclusif et ne laisse aucune famille de côté », explique Benson Rukabu A., coordinateur national de la REFAC. « Nous plaidons également en faveur de l’élargissement de l’approvisionnement local en aliments nutritifs, afin de soutenir les petits exploitants agricoles et d’améliorer la durabilité du programme, tout en exerçant une surveillance accrue de la santé et de la nutrition pour favoriser les résultats à long terme. »

Au niveau scolaire, la REFAC continue de porter la voix des éducateurs et des communautés. « Nous plaidons pour des investissements dans les réfectoires et les cuisines ainsi que pour l’aide aux familles qui ont encore du mal à verser leur contribution, aussi modeste soit-elle », ajoute M. Rukabu. « Ainsi, chaque enfant pourra bénéficier du programme avec dignité. »

Le programme élargi d’alimentation scolaire du Rwanda illustre l’impact d’un plaidoyer fort et coordonné de la société civile sur l’élaboration des politiques éducatives et le suivi des résultats.

En associant données probantes, mobilisation et responsabilisation soutenus, des coalitions comme la REFAC contribuent à ce que les engagements politiques se traduisent par un changement réel pour les enfants, les familles et les communautés.

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