A meeting of the local education group in Dakar, Senegal, in 2018. The group includes representatives from civil society organizations, parent groups and teacher organizations. Credit: GPE/Carine Durand
A meeting of the local education group in Dakar, Senegal, in 2018. The group includes representatives from civil society organizations, parent groups and teacher organizations. Credit: GPE/Carine Durand

Comment faire en sorte que votre voix compte dans les instances de décision ?

S’appuyant sur une nouvelle étude qualitative commandée par Education à Voix Haute et réalisée par la consultante indépendante en apprentissage et évaluation Abrehet Gebremedhin, cet article présente les enseignements tirés des points de vue des bénéficiaires de subventions et d’autres parties prenantes concernant la participation constructive aux forums politiques.

Partout dans le monde, des représentants de la société civile siègent aux côtés des gouvernements et des partenaires du développement aux tables où se débattent les priorités en matière d’éducation, où se discutent les budgets et où se définissent les plans nationaux. En 2025, 93 % des coalitions nationales pour l’éducation (CNE) soutenues par Education à Voix Haute étaient membres de leur groupe local pour l’éducation national, et nombre d’entre elles étaient trouvées actives dans de nombreux autres espaces de décision.

Si l’accès aux instances décisionnelles s’est élargi pour de nombreux CNE, l’étude montre que la participation à elle seule ne détermine pas l’influence ; ce qui importe, c’est la manière dont cette participation est préparée, mise en œuvre et rendue possible dans des contextes institutionnels et politiques spécifiques.
« Les coalitions sont de plus en plus reconnues comme des acteurs légitimes dans le dialogue sur les politiques éducatives. Si l’accès aux forums politiques a constitué une étape importante et saluée pour Education à Voix Haute, la simple présence ne garantit pas l’influence », explique Abrehet Gebremedhin, chercheuse indépendante et partenaire d’apprentissage d’Education à Voix Haute.
« C’est pourquoi Education à Voix Haute m’a demandé de mener une étude rassemblant les expériences et les points de vue des coalitions nationales pour l’éducation et des parties prenantes qui interagissent avec les CNE au niveau national sur ce qui permet une participation significative », ajoute-t-elle.

Les enseignements présentés ici s’appuient sur les réflexions menées par les CNE sur la participation significative, complétées par les points de vue d’autres acteurs nationaux du secteur de l’éducation afin d’apporter un contexte et de permettre une triangulation.

L’étude établit tout d’abord que la participation aux forums politiques est une priorité pour les coalitions nationales, et que le fait d’optimiser les résultats de cette présence présenterait un avantage évident.
« Les coalitions soulignent un meilleur accès aux décideurs et indiquent que cette participation les incite à affiner leur orientation stratégique, à mieux exploiter les données factuelles et à renforcer la coordination avec leurs membres. Enfin, de nombreuses coalitions font état de résultats plus probants en matière de plaidoyer », explique Abrehet Gebremedhin.

En s’appuyant sur les réflexions des coalitions, cinq thèmes communs se dégagent concernant la manière dont celles-ci abordent la participation, concilient les différentes revendications et utilisent l’espace qui leur est accordé d’une manière qu’elles jugent significative. Ces tendances reflètent les enseignements tirés de la pratique et peuvent servir de source d’inspiration à ceux qui cherchent à donner tout son sens à la participation.

  • Il est important d’ancrer la participation dans les donnees factuelles
    Tout au long de l’étude, les bénéficiaires de subventions décrivent systématiquement la participation significative comme étant étroitement liée à l’utilisation de données factuelles, d’analyses et de connaissances issues de la communauté qui trouvent un écho auprès des décideurs. Beaucoup soulignent l’intérêt de s’appuyer sur les données recueillies par les membres de la coalition et les réseaux infranationaux pour faire valoir les réalités du terrain dans les espaces politiques nationaux. Les bénéficiaires mettent également en avant le rôle des rapports alternatifs ou parallèles, fondés sur un suivi local et une recherche participative, comme moyen de justifier leurs contributions au sein des groupes locaux sur l’éducation et d’autres forums.
  • La coordination interne et une parole commune renforce la crédibilité des coalition
    Les bénéficiaires de subventions décrivent souvent la participation significative comme commençant au sein même de la coalition. Beaucoup soulignent l’importance de consulter les membres avant les réunions politiques, d’harmoniser les positions et de s’exprimer d’une seule voix qui reflète les diverses perspectives de la société civile. Ces processus internes sont considérés comme renforçant à la fois la légitimité et la crédibilité aux yeux des autres parties prenantes. Les bénéficiaires de subventions notent que lorsque les coalitions sont perçues comme véritablement représentatives, leurs contributions ont plus de chances d’être écoutées et prises au sérieux dans les espaces de dialogue politique.
  • Un engagement stratégique et tactique permet à la participation d’aller au-delà de la simple présence
    Les bénéficiaires soulignent la nécessité de naviguer dans les espaces politiques avec une conscience politique et tactique, en trouvant un équilibre entre un plaidoyer critique et un engagement constructif, en particulier dans les contextes où l’espace civique est restreint ou où les relations avec le gouvernement sont délicates. Proposer des solutions, formuler soigneusement les messages et choisir le moment et la manière de s’engager sont autant de moyens décrits pour préserver un espace de dialogue.
  • Comprendre comment les decisions sont prises favorise une participation plus constructive
    Le fait de bien connaître le fonctionnement des instances de discussion, le moment où les décisions sont prises et les acteurs qui exercent une influence permet, selon les observateurs, aux coalitions de choisir le moment opportun pour intervenir et d’adapter leurs contributions en conséquence. Plutôt que de se concentrer uniquement sur le contenu technique, les bénéficiaires de subventions mettent l’accent sur l’apprentissage du fonctionnement concret des processus politiques, et sur la manière dont ces connaissances favorisent une participation mieux ciblée et plus susceptible d’être entendue.
  • Les contextes politiques et civiques déterminent ce à quoi ressemble concrètement une participation significatives Enfin, les bénéficiaires soulignent que les expériences de participation significative varient considérablement en fonction du contexte politique et de l’espace civique. Dans des environnements plus ouverts, les coalitions indiquent disposer d’une plus grande marge de manœuvre pour s’engager activement et de manière visible dans les forums politiques officiels. Dans des contextes plus restrictifs, la participation peut prendre différentes formes, notamment un engagement bilatéral ou des espaces alternatifs d’influence. Ces réflexions soulignent l’importance de considérer la participation significative comme spécifique au contexte, façonnée autant par les conditions externes que par la capacité des coalitions.

Les personnes interrogées ont souligné que ces approches ne fonctionnent pas de la même manière selon les contextes et que leur efficacité dépend de facteurs tels que l’espace civique, l’ouverture des institutions et la réactivité des autres acteurs impliqués dans le processus politique.

Les expériences des bénéficiaires montrent que le simple fait d’être présent est important, mais que l’influence dépend de la manière dont cette présence est mise à profit : à travers de données factuelles, d’un positionnement collectif et d’une bonne compréhension du contexte. L’étude suggère également que la participation significative est le fruit d’une collaboration : elle est façonnée à la fois par les capacités de la société civile et par les conditions institutionnelles et politiques qui permettent à la participation de dépasser le stade de la simple présence pour devenir une action concrète.

« J’espère que cette expérience incitera d’autres personnes à réfléchir à leur propre engagement et à trouver des moyens de faire en sorte que leur participation porte ses fruits dans les espaces qui s’offrent à elles », conclut Abrehet Gebremedhin.

Pour une analyse plus approfondie de la manière dont la participation significative et les contributions de qualité sont perçues tant par les comités nationaux d’évaluation (NEC) que par les décideurs politiques, consultez le rapport de synthèse.