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Comment la société civile a contribué à traduire les engagements nationaux pour l’éducation en actions concrètes au niveau local

Dans la commune rurale de Barahatal, au Népal, la planification de l’éducation n’est plus guidée par des décisions fragmentées ni par des programmes disparates. Pour la première fois, un plan d’éducation au niveau local (LLEP) sur dix ans, élaboré conjointement par les autorités locales, les communautés et la société civile, offre un cadre unifié pour la définition des priorités en matière d’éducation, l’établissement du budget et la reddition de comptes.

Située à environ 30 kilomètres de la capitale administrative de la province de Karnali, au Népal, la commune rurale de Barahatal est confrontée à une combinaison de défis géographiques, économiques et environnementaux qui rendent la planification de l’éducation particulièrement difficile. Mme Dambari Rokaya, responsable du service de l’éducation de la commune rurale de Barahatal, a expliqué :
“Les habitations dispersées, le relief accidenté, les migrations saisonnières des familles et les catastrophes naturelles récurrentes perturbent l’assiduité scolaire et ont entraîné un accès limité à l’école.”

Ces obstacles sont souvent liés à la pauvreté, aux stéréotypes de genre, aux responsabilités familiales et à des infrastructures inaccessibles, ce qui accroît le risque d’exclusion pour les enfants les plus vulnérables.

Dans le cadre du système fédéral népalais, les collectivités locales sont chargées d’adapter les priorités nationales en matière d’éducation à leur propre contexte par le biais de plans éducatifs locaux (LLEP). Afin d’aider les collectivités locales à élaborer ces plans, le Centre pour l’éducation et le développement des ressources humaines (CEHRD), qui relève du ministère de l’Éducation et des Sports, organise des ateliers à l’échelle nationale et fournit un accompagnement technique.

Depuis Barahatal, Mme Dambari Rokaya a participé à un atelier de trois jours organisé par le CEHRD à Katmandou. Elle faisait partie des participants désignés par SAC Nepal, une organisation membre de la Campagne nationale pour l’éducation (NCE) au Népal, en réponse à l’appel lancé par le CEHRD pour recruter des représentants de la province de Karnali. Cependant, la transposition de cette formation en un plan ancré dans la réalité locale s’est avérée difficile, car les representants de l’état ne comprenaient pas clairement la valeur et l’objectif de ce plan. Comme l’a souligné M. Tej Sonam, coordinateur du comité du district de Surkhet au sein de la NCE Népal : « “Pourquoi devrions-nous élaborer ce plan ? Que se passera-t-il une fois qu’il sera mis au point ?” Telles étaient certaines des questions posées par les responsables locaux. » La NCE Népal et ses membres sont alors intervenus pour combler ce fossé en engageant un dialogue et en menant des actions de sensibilisation auprès des autorités locales sur l’importance de disposer d’une feuille de route à long terme en matière d’éducation.

Grâce à un accompagnement continu, à un soutien technique et à une coordination avec les parties prenantes, le processus a progressé, aboutissant à l’adoption, en mai 2025, du plan décennal d’éducation au niveau local de Barahatal, qui fournit à la municipalité un cadre à long terme pour orienter la planification, la budgétisation et la reddition de comptes en matière d’éducation.

À la suite de l’atelier organisé par le CEHRD, la coalition NCE Népal et ses membres sont intervenus pour soutenir ce processus. Jouant le rôle de passerelle entre les communautés et le gouvernement, la coalition a aidé les responsables municipaux à comprendre l’intérêt d’une planification éducative à long terme, tout en intégrant dans ce processus les points de vue des enseignants, des parents, des filles, des enfants en situation de handicap et des communautés marginalisées.

Barahatal avait besoin d’une approche structurée pour garantir que les activités éducatives menées sur l’ensemble du territoire communal s’inscrivent dans un cadre commun à long terme. NCE Népal a soutenu l’élaboration du LLEP en renforçant la compréhension et l’appropriation du processus de planification au niveau local, en apportant un soutien technique, en facilitant le dialogue entre les parties prenantes et en assurant la coordination tout au long du processus.

NCE Népal s’est également appuyé sur une brochure qu’il a élaborée dans le cadre de la « Localisation du Plan sectoriel de l’éducation (SESP) », un document axé sur les droits qui clarifiait les rôles des différents niveaux de gouvernement et de la société civile dans la planification de l’éducation, soulignait l’importance de la localisation et décrivait comment les communautés pouvaient s’engager dans la redevabilité et le plaidoyer. Ce document venait compléter la « Boîte à outils de calibrage du SESP » du gouvernement, élaborée par le CEHRD, qui fournissait aux collectivités locales des conseils étape par étape pour mener à bien le processus de planification.

« Le soutien technique apporté par NCE Nepal et ses membres, leur suivi constant et leur rôle de médiateurs dans le dialogue entre les parties prenantes ont été déterminants pour l’approbation du plan », a souligné Mme Dambari Rokaya.

Grâce à l’adoption du LLEP, la planification éducative, l’élaboration du budget et la définition des priorités au niveau des établissements scolaires à Barahatal s’inscrivent désormais dans un cadre commun à long terme. Ce plan permet à la municipalité de coordonner les programmes éducatifs, de hiérarchiser les ressources en fonction des besoins de la communauté et d’articuler les plans d’amélioration des établissements scolaires avec la planification et la budgétisation municipales.

« Si ce plan est mis en œuvre efficacement, il devrait contribuer à réduire le décrochage scolaire et à garantir la continuité de la scolarité des élèves vulnérables. Il permettra également de limiter les déplacements des élèves à Birendranagar pour suivre des cours. De plus, la création d’un internat prévue pourrait aider les enfants issus de familles migrantes pour des raisons professionnelles à rester scolarisés et à poursuivre leur scolarité », a déclaré M. Tej Sonam.

Et Mme Dambari Rokaya a ajouté : « Je pense qu’avec ce plan et le soutien de NCE Nepal et de ses membres, nous serons mieux à même de relever les défis actuels liés au décrochage scolaire grâce à la formation des parents et à la mise en œuvre réussie des programmes prévus à Barahatal. »

L’expérience de Barahatal montre comment la société civile et les pouvoirs publics peuvent collaborer pour traduire les engagements nationaux en matière d’éducation en actions menées au niveau local. Le CEHRD a fourni un cadre technique et des conseils, tandis que les membres du NCE ont aidé les acteurs locaux à comprendre, mettre en œuvre et renforcer le processus de planification, tout en faisant entendre les voix diverses des filles, des parents, des enfants en situation de handicap et des groupes marginalisés.

L’importance du Plan éducatif local ne réside pas simplement dans le fait qu’un document ait été élaboré. Elle tient au fait que la commune dispose désormais d’une feuille de route commune pour la prise de décision en matière d’éducation, qui relie les priorités scolaires, les besoins de la communauté et les ressources publiques au sein d’une structure unique. « Cela a permis de mettre en place une approche plus coordonnée de la prise de décision en faveur de l’éducation, tout en créant un cadre commun pour suivre les progrès globaux », a déclaré M. Tej Sonam, de NCE Népal.

Ce processus a également contribué à rendre la planification de l’éducation plus inclusive, fondée sur des données factuelles et mieux adaptée aux réalités locales. Grâce à la collaboration entre les collectivités locales et la société civile, les points de vue des communautés ont été intégrés de plein droit au processus décisionnel en matière d’éducation, au lieu de se limiter à une simple consultation ponctuelle.

C’est lors de sa mise en œuvre que l’on verra si ce projet tient ses promesses. Mais Barahatal dispose désormais d’un atout qui lui faisait défaut auparavant : un projet porté par la population locale, élaboré grâce au dialogue et à la participation, qui peut contribuer à faire en sorte que les engagements nationaux en matière d’éducation se traduisent par de meilleures opportunités pour les enfants de la communauté.