L’histoire de Anne : De nos jours, ce n’est plus une obligation
Anne a 19 ans et est en quatrième année de lycée. Elle rêve de devenir avocate pour lutter en faveur des droits des filles et dénoncer les mutilations génitales féminines ainsi que les mariages précoces. Sa motivation vient de son histoire personnelle, qui aurait pu être très différente si sa mère ne s’était pas battue avec acharnement pour elle.


« Je veux que les autres filles sachent qu’aujourd’hui, l’excision et le mariage précoce ne sont plus une obligation », dit-elle. « Vous pouvez faire carrière et choisir votre propre voie. Mon histoire commence ainsi », explique Anne. « J’avais neuf ans, j’étais en quatrième année. Mon père a décidé qu’il était temps pour moi d’être excisée et mariée. Il avait trouvé un homme très âgé. Mais ma mère n’était pas d’accord. Elle ne voulait pas que ma vie soit comme la sienne », raconte Anne.
La mère d’Anne connaissait les dangers des MGF et la douleur d’être forcée à épouser un homme qu’elle n’aimait pas, mais son refus a rendu le père d’Anne furieux. « Il a quand même organisé la cérémonie et a battu ma mère, puis l’a harcelée parce qu’elle n’était pas d’accord », raconte Anne.
Finalement, la veille de la circoncision et du mariage, elles se sont enfuies : Anne, sa mère et ses cinq jeunes frères et sœurs. Elles se sont d’abord rendues chez la grand-mère d’Anne, où les oncles ont refusé de les aider et ont tenté de les forcer à rentrer.
« Ils ont dit que si ma mère refusait mon mariage, ils ne pourraient rien nous donner. Alors, nous sommes partis et après cela, la vie a été difficile. »
Anne, sa mère et ses cinq frères et sœurs plus jeunes ont dû survivre par leurs propres moyens. « Nous avons trouvé une petite chambre à louer. Elle était vraiment minuscule et le sol était en terre battue. Nous pouvions passer la journée sans manger et, comme nous n’avions pas d’argent pour payer les frais de scolarité, nous restions simplement à la maison. »
Mais un jour, le directeur de l’école locale est venu lui demander pourquoi les enfants n’étaient pas en classe. Il connaissait Susan Kasero et savait que son organisation venait en aide aux filles dont l’avenir était menacé par les mutilations génitales féminines et les mariages forcés. Le centre d’accueil Osiligi n’existait pas encore, alors Susan a inscrit Anne dans un internat situé à l’écart de la communauté de son père. Plus tard, lorsque le centre Osiligi a ouvert ses portes, il est devenu un lieu où Anne pouvait se sentir chez elle et trouver le courage de suivre sa propre voie.
« Beaucoup de choses ont changé. J’ai beaucoup plus confiance en moi. Pendant de nombreuses années, j’avais peur que les gens viennent me chercher de force pour me mutiler et me marier. Mais maintenant, j’ai du courage. »
Et un jour, elle souhaite retourner dans la communauté où elle a grandi pour dire aux filles ce qu’elle sait désormais : « Les mutilations génitales féminines et le mariage précoce ne sont pas une obligation. Ce ne sont que des idées reçues. Vous pouvez avoir une vie différente. »
(Anne n’est pas son vrai nom, mais celui qu’elle a choisi pour se protéger de son père et garder son histoire secrète vis-à-vis de ses camarades et de ses professeurs dans sa nouvelle école.)
