Un renforcement de l’équité pour les enseignants des zones rurales du Ghana
Le Ghana met en place une nouvelle politique visant à améliorer les salaires et les conditions de travail des enseignants du primaire dans les zones rurales — une réforme défendue depuis des années par School for Life, en collaboration avec d’autres organisations de la société civile, et considérée comme une solution potentielle à la pénurie persistante d’enseignants et aux conditions d’apprentissage difficiles.
Depuis des années, des enseignants comme M. Suhuyini Yahaya Ibn Bawa, de l’école islamique Jantong Kpandu, située dans une zone rurale du Ghana, bravent des trajets longs et épuisants simplement pour se rendre dans leurs classes.
« Nous ne disposons pas des infrastructures de base nécessaires pour nous installer dans les communautés où nous travaillons. La plupart du temps, nous arrivons en retard ou ne pouvons pas enseigner tous les jours », a-t-il expliqué. « Les distances sont longues, et la plupart d’entre nous ne connaissons personne dans les villages où nous sommes affectés. »
Selon School for Life, une organisation de la société civile ghanéenne, cette réalité – bien que courante – reste l’un des défis les plus persistants du système éducatif ghanéen.
« Le manque de logements pour les enseignants et la pénurie d’enseignants qualifiés qui en résulte dans les zones rurales rendent difficile la mise en œuvre du programme scolaire dans de nombreuses communautés isolées. L’absence de logements décents et d’équipements de base dissuade également les enseignants de rester », explique Mohammed Mutaru Alhassan, responsable du plaidoyer et de l’influence politique chez School for Life.
Après des années de mobilisation de la société civile, le système éducatif ghanéen a franchi une étape décisive. Grâce à des travaux de recherche soutenus, à la constitution de coalitions et à un engagement fondé sur des données factuelles, les préoccupations de longue date concernant l’affectation des enseignants en milieu rural ont pu être inscrites à l’ordre du jour des politiques nationales.
Le 7 janvier 2025, le nouveau gouvernement ghanéen est entré en fonction. À peine un mois plus tard, lors de son discours sur l’état de la nation prononcé le 27 février 2025, le président John Dramani Mahama a annoncé un changement de cap politique majeur :
« Afin de motiver les enseignants et d’améliorer l’éducation dans les zones rurales, le gouvernement mettra en place une prime de 20 % pour les enseignants qui acceptent d’être affectés dans des communautés défavorisées. Aucune nouvelle école ne sera construite sans logements pour les enseignants. »
Cette promesse a abouti au lancement de l’initiative « Teacher Dabre » (« Dabre » est un mot twi ghanéen que l’on pourrait traduire librement par « lieu de repos »), une réforme visant à améliorer les conditions de travail des enseignants dans les communautés rurales et défavorisées.
« Cette déclaration marque un tournant décisif — et une victoire majeure pour nous, qui menons des actions de plaidoyers pour l’éducation, qui militons depuis longtemps en faveur d’une plus grande équité dans la répartition des enseignants », déclare Ayuba Abukari, responsable des programmes et des partenariats à School for Life.
Des données probantes à la reconnaissance nationale
Dans le cadre du système salarial unique du Ghana, la rémunération des enseignants était auparavant déterminée uniquement en fonction de leurs qualifications et de leur grade, sans tenir compte de leurs conditions de travail. Les enseignants des écoles rurales défavorisées percevaient ainsi le même salaire que ceux d’Accra ou de Kumasi, alors qu’ils étaient confrontés à des difficultés bien plus importantes. Les organisations de la société civile soulignent depuis longtemps que cette inégalité structurelle est l’une des causes principales de la pénurie d’enseignants dans les zones rurales.
Des données probantes à la reconnaissance nationale
Ayuba Abukari travaille au sein du projet CLEAR (Citizen-led Actions for Educational Accountability and Responsiveness), soutenu par Education à Voix Haute et dirigé par School for Life. Grâce à des travaux de recherche, des dialogues communautaires, des actions auprès des médias et des recommandations politiques, ce projet a mis en lumière le fossé grandissant entre les élèves des zones rurales et ceux des zones urbaines, causé par une répartition inégale des enseignants.
Avec le temps, la campagne a pris de l’ampleur à l’échelle nationale. En 2023, les décideurs politiques ont commencé à s’y intéresser et les organisations de la société civile actives dans le domaine de l’éducation ont profité de cette dynamique pour faire passer leur message. Lors des sessions du Dialogue national sur l’éducation, organisées par le gouvernement en 2024, l’équipe de CLEAR a présenté une analyse fondée sur des données factuelles, ainsi que des propositions concrètes, telles qu’une prime rurale destinée à compenser les conditions de vie difficiles, ou encore la mise à disposition de logements pour les enseignants.
Un tournant en 2026
Finalement, tous ces efforts n’auront pas été vains : en janvier 2026, le gouvernement ghanéen a alloué 500 millions de cédis ghanéens au projet de logements pour les enseignants, à la suite du discours du président à la nation. Selon les enseignants, si ces mesures sont mises en œuvre efficacement, elles pourraient transformer l’environnement d’apprentissage dans les zones rurales du pays.
« Cela n’a pas été facile pour nous. Mais désormais, cela va faciliter notre travail d’enseignants et même l’apprentissage des élèves. Ceux-ci bénéficieront d’un enseignement plus régulier, d’un nombre d’heures de cours accru et de meilleurs résultats scolaires », a déclaré Nana Makafui Bernice, enseignante à l’école primaire de Kpandu.
« Ceci va vraiment changer la donne. Le principal problème pour les enseignants était le logement. Quand ils recherchaient des logements à louer ils n’arrivaient même pas à en trouver dans les communautés où ils travaillaient », a renchéri Garaba Inusah, directeur de l’éducation pour le nord-est de Gonja.
De simple politique à la pratique
Les militants pour l’éducation qui travaillent sur le projet CLEAR dans le nord du pays considèrent cette annonce comme une victoire, mais aussi comme une responsabilité.
« Nous avons constaté l’efficacité d’un plaidoyer soutenu, et nous sommes heureux de voir que le gouvernement se penche sur la question des enseignants dans les zones reculées », a déclaré Ayuba Abukari, responsable des programmes et des partenariats chez School for Life. « Mais à présent, nous devons veiller à ce que cette politique soit mise en œuvre dans la pratique », a-t-il ajouté.
Alors que les ministères de l’Éducation et des Finances, en collaboration avec le Service de l’éducation du Ghana, s’apprêtent à mettre en œuvre cette politique à l’échelle nationale, tous les regards sont tournés vers les prochaines mesures du gouvernement. Pour les enseignants qui parcouraient autrefois de longues distances à vélo et pour les enfants qui attendaient dans des salles de classe vides, ce changement pourrait ouvrir la voie à un avenir dans lequel l’éducation ne serait plus un privilège lié à la situation géographique, mais un droit garanti dans l’équité et la dignité sur l’ensemble du territoire ghanéen.








