Des initiatives contre le harcèlement scolaire menées par les élèves en Bolivie

À Tupiza, en Bolivie, les jeunes prennent l’initiative de faire face à la montée du harcèlement et de la violence scolaire. Avec le soutien de L’Éducation à voix haute, de CEMSE et d’ACLO, les organisations d’étudiants ont organisé des formations sur le leadership et la coexistence pacifique, ce qui leur a permis de rédiger une loi municipale pour prévenir et traiter la violence en milieu scolaire.

“« Professeur, nous voulons pouvoir discuter et nous amuser sans crainte pendant la récréation. » Cette déclaration, faite en 2024 par des filles et des garçons membres du conseil des élèves de l’établissement scolaire Villa Fátima « B », a mis en lumière un problème qui s’aggravait de manière insidieuse : le harcèlement et la violence entre jeunes dans les établissements scolaires de Tupiza.

Un élève sur trois âgé de 13 à 15 ans en Amérique latine a été victime de violence en milieu scolaire sous forme de harcèlement, une expérience qui affecte leur bien-être émotionnel, leurs résultats scolaires et leur assiduité.

Les élèves de Tupiza sont témoins et victimes de violence en milieu scolaire malgré les réglementations visant à promouvoir la coexistence pacifique, notamment le Code de l’enfant et de l’adolescent (loi 548). Tupiza est une petite municipalité dont la population est concentrée dans sa capitale, entourée de communautés rurales dispersées ; les familles y vivent du commerce, de l’exploitation minière et de la production agricole traditionnelle.

En 2024, les représentants du conseil des élèves de Tupiza ont signalé une augmentation des cas de harcèlement, de violence verbale et d’exclusion parmi les élèves des écoles de la municipalité. Le silence des institutions et l’absence de protocoles clairs pour traiter ces actes de violence les ont incités à rechercher une solution globale, car les campagnes isolées qu’ils menaient étaient insuffisantes.

La loi municipale proposée par les élèves répond directement à ces lacunes en incluant des mesures préventives telles que la formation et la sensibilisation dans les écoles, ainsi que des mécanismes clairs de signalement, d’orientation et de suivi.

Ces mesures visent à garantir le traitement des cas de harcèlement et de violence en coordination avec les autorités chargées de l’éducation et des autres acteurs locaux.
« Nous voulons que les institutions municipales et éducatives s’engagent à prévenir, traiter et suivre les cas de violence en milieu scolaire, et à respecter le Code de l’enfant et de l’adolescent (loi 548),» dit Claudia Ibáñez, Présidente du conseil des élèves de l’établissement scolaire Andrés de Santa Cruz

Avec le soutien de l’Éducation à voix haute, le plus grand fonds mondial dédié à l’éducation, le Centro de Multiservicios Educativos (CEMSE) et la Fundación Acción Cultural Loyola (ACLO) ont contribué à l’organisation d’ateliers de formation animés par des élèves sur la gestion scolaire, la coexistence pacifique, le leadership et la participation des jeunes.

Ces ateliers ont non seulement renforcé les connaissances des élèves, mais ont également révélé un potentiel considérable : un sens aigu des responsabilités et du leadership en tant qu’acteurs du changement dans l’éducation.

En 2025, la Bolivie a approuvé la Stratégie de lutte contre la violence dans le domaine de l’éducation, élaborée par le ministère de l’Éducation et d’autres organismes gouvernementaux. Cette stratégie vise à créer des établissements scolaires sûrs et inclusifs grâce à des mesures globales de prévention et d’intervention.

Un comité national supervise sa mise en œuvre, tandis que le Comité départemental contre la violence dans le domaine de l’éducation (CODECVAE) coordonne et contrôle les efforts au niveau départemental. Dans le cadre de cette politique nationale en pleine évolution, les adolescents et les jeunes ont décidé d’élaborer une loi municipale sur la prévention, la prise en charge et le suivi des cas de harcèlement et de violence en milieu scolaire à Tupiza.

Soucieux de rendre ce processus aussi participatif que possible, les délégués des élèves de différents établissements scolaires se sont réunis lors de deux sessions intensives. Ils ont partagé leurs propres expériences du harcèlement, les difficultés rencontrées pour signaler les cas, le manque de soutien et d’accompagnement émotionnel, ainsi que l’absence de mécanismes concrets et d’interlocuteurs dédiés pour traiter et soutenir leurs plaintes.
« Ce projet est né de nos expériences du harcèlement et de la violence à l’école », explique Alison Alfaro Cadena, présidente de l’un des conseils d’élèves. « Notre rôle a consisté à traduire les expériences des élèves en une norme claire et applicable, » ajoute Nelva Camata, représentante du Bureau du défenseur public, qui a participé à l’élaboration participative de la loi en 2024, en collaboration avec la société civile et la Commission sur l’égalité des genres du Conseil municipal.

Le résultat est un document élaboré par les organisations d’adolescents et de jeunes de Tupiza, ancré dans leurs réalités et conforme au Code de l’enfant et de l’adolescent (loi 548). La loi a été présentée au Conseil municipal et approuvée sous réserve de quelques observations. Ces observations ayant été prises en compte, le texte a été transmis au bureau du maire, où un conseiller juridique examine actuellement la documentation.

Une fois approuvée, la loi municipale sur la prévention, la prise en charge et le suivi des cas de harcèlement et de violence en milieu scolaire à Tupiza sera promulguée et entrera en vigueur. TL’élaboration et la proposition d’une loi municipale par les élèves eux-mêmes pour prévenir, traiter et suivre les cas de harcèlement et de violence scolaires à Tupiza témoignent de la capacité des jeunes organisés à transformer des situations d’exclusion et de violation de leurs droits.

En palliant les insuffisances des approches existantes, ils proposent des mesures préventives claires et des mécanismes communs pour traiter ces cas au sein du système éducatif local.

Dans une municipalité où le harcèlement scolaire affecte profondément l’apprentissage et le quotidien de milliers d’élèves, les adolescents et les jeunes ont montré la voie en interpellant les institutions publiques et les organisations sociales, et en exigeant des adultes qui les encadrent qu’ils s’engagent à apporter des réponses concrètes et efficaces.

« En soutenant et en accompagnant cette initiative, nous avons constaté que le renforcement des capacités des adolescents et des jeunes génère de véritables effets multiplicateurs, » dit Miguel Quentasi, technicien de projet et représentant de l’ACLO

Lorsque les élèves s’organisent, approfondissent leur analyse de leur réalité et apprennent comment canaliser leur énergie créative, ils entrevoient la possibilité de lancer des initiatives transformatrices en tant que sujets de droits et acteurs d’une éducation inclusive, équitable et de qualité. Ces progrès encouragent le partage des enseignements tirés et leur transposition dans d’autres municipalités et contextes.