Burkina Faso : la société civile se mobilise pour la scolarisation des enfants déplacés

En raison de la crise sécuritaire au Burkina Faso, plus de 2 millions de personnes, soit 10 % de la population, ont été déplacées à l’intérieur du pays. Plus de la moitié des personnes déplacées sont des enfants, dont beaucoup ont vu leur scolarité perturbée. Avec le soutien de L’Éducation à Voix Haute, les organisations de la société civile permettent à ces enfants d’accéder à l’éducation dans leurs communautés d’accueil et font entendre la voix des personnes touchées localement, transformant les luttes individuelles en changement collectif et national.

Djélika Bonkoungou a 11 ans ; elle est originaire de Zeguedguin, dans la région Centre-Nord du Burkina Faso. Elle a été contrainte de fuir son village avec sa famille en 2023 à la suite d’attaques armées.

Photo: Trans.Liu

Djélika Bonkoungou et Marie Yonli Zomodo (à droite), fervente défenseuse de l’éducation des filles, marchant ensemble dans le quartier de Nioko 2 à Ouagadougou.

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Après une année d’absence, Djélika Bonkoungou a pu retourner en classe. Elle rêve de devenir assistante sociale pour venir en aide à d’autres enfants déplacés comme elle.

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Grâce aux efforts de Marie Yonli Zomodo et de la coalition nationale pour l’éducation, en collaboration avec les autorités locales, Djélika a pu retourner à l’école. Tout au long de l’année scolaire, elle s’est distinguée et figurait souvent parmi les meilleurs de sa classe.

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Djélika Bonkoungou vit désormais avec sa mère et ses frères et sœurs à Nioko 2, dans la banlieue de Ouagadougou.

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« J’étais très heureuse d’apprendre que j’allais retourner à l’école. Je veux faire tout mon possible pour travailler dur et ne pas décevoir ceux qui m’ont aidée », déclare Djélika Bonkoungo.

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Marie Yonli Zomodo est une fervente militante de l’éducation des filles ; elle a suivi une formation dispensée par la Coalition nationale pour l’éducation CN-EPT/BF, dont Tahirou Traoré est le coordinateur national. On la voit ici devant les locaux de la CN-EPT/BF.

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Portrait de M. Senny Ouedraogo, secrétaire permanent chargé du Plan stratégique pour le développement de l’enseignement primaire et secondaire. « La collaboration entre la société civile et le ministère permet d’obtenir d’excellents résultats », déclare-t-il.

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« Avant, ma vie était pleine de joie », se souvient Djélika. « J’allais à l’école, je voyais mes amis et j’avais de bons résultats. »

La famille de Djélika fait partie des plus de 2 millions de personnes déplacées à l’intérieur du Burkina Faso. Les enfants constituent plus de la moitié des personnes déplacées. La détermination de Djélika à retourner à l’école a attiré l’attention de Marie Yonli Zomodo, militante de la société civile au sein de la Coalition nationale pour l’éducation pour tous du Burkina Faso, soutenue par Education à Voix Haute, le fonds du Partenariat mondial pour l’éducation (PME) dédié au plaidoyer et à la redevabilité sociale.

Marie a rencontré la mère de Djélika lors d’une action de sensibilisation communautaire visant à faire connaître le droit à l’éducation des élèves déplacés. Lorsqu’elle a appris que Djélika avait quitté l’école alors qu’elle était en CE1, elle a pris contact avec la famille.

« Quand on discute avec Djélika, on voit à quel point elle souhaite retourner à l’école. Elle n’hésite pas à exprimer ses regrets de ne pas pouvoir aller en cours. Nous nous sommes engagés à lui trouver une école », explique Marie Yonli Zomodo.

« J’étais très contente d’apprendre que je retournerais à l’école. Je veux tout faire pour bien travailler et ne pas décevoir ceux qui m’ont aidée. » dit Djélika Bonkoungo.

Grâce aux efforts de Marie et au solide réseau de défenseurs de la société civile au Burkina Faso, Djélika a pu s’inscrire à l’école publique Somgande « E » à Ouagadougou. Tout au long de l’année scolaire, elle a brillé et figurait souvent parmi les meilleurs de sa classe.

« Je n’avais pas oublié ce que j’avais appris. Je ne connaissais personne, mais aujourd’hui, j’ai de bons résultats à l’école, je me suis fait des amis et je connais les professeurs », raconte Djélika.

« C’est une victoire, car nous avons réussi à la faire revenir à l’école. C’est aussi une question de résilience : Djélika a traversé une période difficile et a su persévérer », explique Marie Yonli Zomodo.

Les militants de la société civile comme Marie sont souvent les plus proches des réalités auxquelles sont confrontées les personnes déplacées et marginalisées au sein de leurs communautés. Leur travail permet de faire entendre au niveau gouvernemental des voix qui, sans cela, resteraient inaudibles, et de transformer les luttes individuelles en un changement collectif. Elle a pris conscience pour la première fois du pouvoir du militantisme en 2011, lorsque des élèves de sa communauté ont été renvoyés de l’école pour ne pas avoir payé leurs frais de scolarité.

Par l’intermédiaire de la coalition, les membres de la communauté ont porté cette question à l’attention du ministère de l’Éducation, qui a ensuite publié une directive interdisant cette pratique à l’échelle nationale. Marie est inspectrice de l’enseignement primaire et non formel, ainsi qu’un membre actif de l’Association des femmes juristes du Burkina Faso. Elle fait partie d’un syndicat d’enseignants affilié à la Coalition nationale pour l’éducation pour tous du Burkina Faso et a été déléguée par son syndicat pour participer aux travaux de la coalition.

« J’ai pu bénéficier de séances de sensibilisation et de formations sur les questions relatives aux droits, notamment le droit à l’éducation, l’éducation inclusive et l’éducation des filles. C’est à partir de là que je me suis engagée à soutenir l’éducation, en particulier celle des filles », explique Marie Yonli Zomodo.

Par l’intermédiaire de cette coalition, les acteurs de la société civile collaborent avec les autorités locales, les responsables communautaires et les décideurs nationaux afin d’obtenir un financement accru pour l’éducation, de promouvoir des stratégies en faveur de l’éducation dans les situations d’urgence et de soutenir la mise en place d’écoles sûres pour les enfants marginalisés.

« Nous militons pour que tous les enfants aient accès à l’école, quelles que soient leur situation sociale ou leur état de santé. Ils doivent bénéficier des mêmes chances d’aller à l’école, même en cas d’urgence », déclare Tahirou Traoré, coordinateur national de la Coalition Nationale pour l’Education Pour Tous du Burkina Faso.

« La Coalition nationale pour l’éducation pour tous est un partenaire de longue date du ministère de l’Éducation de base. Elle rassemble les parties prenantes et mène des actions de plaidoyer et de mobilisation sociale en faveur de l’éducation. La collaboration entre la société civile et le ministère permet d’obtenir d’excellents résultats », ajoute Seni Ouedraogo, secrétaire permanent chargé du Plan stratégique pour le développement de l’éducation de base et secondaire au Burkina Faso.

Depuis 2009, la coalition bénéficie du soutien du Partenariat mondial pour l’éducation (PME). Ce soutien de longue date a renforcé la capacité de la société civile à dialoguer avec les gouvernements sur les politiques et le financement de l’éducation. L’une des principales réalisations a été le plaidoyer de la coalition en faveur de la Stratégie nationale pour l’éducation en situation d’urgence, adoptée pour la période 2019-2024, qui visait à lever les obstacles à l’éducation des enfants déplacés, notamment la capacité limitée des écoles à accueillir de nouveaux élèves et les difficultés administratives telles que l’absence de documents.

« La priorité absolue [de la Stratégie nationale pour l’éducation en situation d’urgence] était de veiller à ce que les élèves déplacés à l’intérieur du pays puissent reprendre immédiatement le chemin de l’école dans leurs zones d’accueil », explique Seni Ouedraogo.

Dans le cadre de la mise en œuvre de cette stratégie, le financement public de l’éducation en situation d’urgence a considérablement augmenté, passant de 197 millions de francs CFA en 2020 à 37,9 milliards de francs CFA en 2024. Le suivi assuré par la coalition a permis de suivre ces allocations et a contribué à soutenir le plaidoyer en faveur d’un financement adéquat.

La coalition joue désormais un rôle clé dans le suivi de la mise en œuvre de la stratégie. Depuis son adoption, 200 écoles ont été construites et des milliers d’enfants ont pu accéder à l’éducation. Actuellement, Education à Voix Haute aide la coalition à poursuivre son action de plaidoyer et de mobilisation sociale auprès du gouvernement et des communautés afin de scolariser et de réintégrer les enfants non scolarisés, notamment les élèves déplacés à l’intérieur du pays, les filles et les enfants en situation de handicap.

La coalition forme également les comités régionaux de l’éducation aux techniques de plaidoyer et au contrôle citoyen.

« Lorsque les enfants reçoivent une bonne éducation, ils contribuent au développement du pays. Le Partenariat mondial pour l’éducation (PME) comprend l’importance de l’éducation et contribue à son financement au Burkina Faso », déclare Seni Ouedraogo.

Le plaidoyer contribue à garantir que le droit à l’éducation ne soit pas facultatif, même en situation d’urgence. « Grâce au plaidoyer, la voix des populations marginalisées est entendue. C’est un outil non violent qui nous permet de transformer notre monde », déclare Marie Yonli Zomodo.

Sans soutien, les défenseurs locaux ne peuvent toucher que leurs communautés immédiates. Grâce au soutien d’Education à Voix Haute, leurs témoignages et leurs données alimentent les réformes politiques, les budgets gouvernementaux et les stratégies d’urgence qui concernent des millions d’enfants.

« Si je rencontre un enfant qui ne va pas à l’école, j’aimerais lui dire : “Garde espoir”. Comme moi, il aura un jour de meilleures opportunités. Quant à ceux qui ont déjà réussi, je leur demanderais d’aider les personnes vulnérables, car c’est tout le Burkina Faso qui bénéficiera de cette aide », déclare Djélika.

Les membres de la communauté, les pouvoirs publics, le Partenariat Mondial pour l’Education (PME) et d’autres partenaires internationaux travaillent main dans la main pour que tous les enfants du Burkina Faso aient accès à l’éducation. Grâce à des personnes comme Marie, Djélika – ainsi que de nombreux autres enfants déplacés – a pu retourner à l’école, où elle apprend et rêve à nouveau. Et lorsqu’un enfant retourne en classe, c’est tout un avenir qui s’ouvre pour bien d’autres encore.


Cet article a été initialement publié sur le site web du GPE. Consultez l’article original ici.