De Parakou à Tamale : ce que nous avons appris en traversant les frontières

Le témoignage que vous vous apprêtez à lire est celui des membres du consortium OC2, de DEDRAS-ONG et de Social Watch Bénin du projet Pro-RePEM. Ces derniers se sont rendus au Ghana, où ils ont passé cinq jours à travailler aux côtés de leurs homologues ghanéens du consortium CLEAR. Nous espérons que cette expérience vous incitera à franchir les frontières, à tisser des liens et à relever ensemble les défis.

Imaginez une jeune fille de dix-sept ans, un micro à la main, dans un studio de radio à Bolgatanga. Elle ne lit pas un texte. Elle parle avec son cœur. Elle s’adresse aux parents, aux chefs de village et aux directeurs d’école. Avec une conviction qui vous cloue sur place, elle leur dit que leurs filles ont le droit d’aller à l’école — et d’y rester. Dans l’extrême nord du Ghana, à plus de 500 km de Parakou, nous avons découvert que le plaidoyer de l’éducation pouvait prendre la forme d’une adolescente soutenue par une communauté mobilisée.

Notre première journée à Tamale a commencé au siège de School for Life. Autour de la table étaient réunies les équipes des trois organisations du consortium CLEAR : School for Life, Youth Empowerment for Life (YEFL) et la Ghana Developing Communities Association (GDCA). Ce qui nous a immédiatement frappés, c’est la clarté de leur collaboration : chaque organisation savait exactement ce qu’elle faisait, pourquoi elle le faisait et comment elle se coordonnait avec les deux autres.

Le deuxième jour, la visite a vraiment pris tout son sens lorsque nous nous sommes rendus sur le terrain. À l’école Saint-Joseph de Karee, dans le district de Talensi, nous avons découvert un système aussi simple qu’efficace : un grand tableau d’affichage à l’entrée de l’école, visible par tous, indiquant les montants des subventions reçues, les dépenses engagées et les besoins non satisfaits. Les données ouvertes en action. Sans savoir lire ni écrire, mais parfaitement armés pour interpeller les responsables du district, les parents d’élèves nous ont expliqué — avec l’aide d’un agent de terrain — comment ils utilisaient désormais ces informations pour demander des comptes aux autorités lors des réunions communautaires.

« Avant, on ne savait pas si l’argent parvenait bien à l’école.

Maintenant, on voit tout. Et quand quelque chose cloche, on pose des questions. »

(Membre du comité des parents d’élèves).

À Tongo, au siège de l’Assemblée du district de Talensi, nous avons rencontré le directeur du Service de l’éducation du Ghana ainsi que des responsables locaux. Tous étaient unanimes : le projet CLEAR a changé la donne. Les communautés sont plus impliquées. Les budgets consacrés à l’éducation font l’objet d’un meilleur suivi. Et les responsables locaux, soumis à une pression constante de la part des citoyens, accordent désormais la priorité à l’éducation.

Plus tard dans la soirée, à Bolgatanga, nous avons assisté à l’émission de radio animée par les membres du « Girls’ Caucus ». Ces jeunes femmes, âgées de quinze à trente ans, sensibilisent chaque semaine des milliers d’auditeurs au droit des filles à l’éducation. Ce qui nous a touchés, c’est leur aisance, leur conviction et leur profond ancrage dans la réalité de leur communauté. Elles ne se contentent pas de réciter des messages préparés par des consultants éloignés. Elles parlent de ce qu’elles vivent, de ce qu’elles voient autour d’elles et de ce qu’elles veulent changer.

Le troisième jour, à Nalerigu, dans la municipalité de Mamprusi-Est, nous avons rencontré les journalistes communautaires, les ambassadeurs de l’égalité des sexes et de l’inclusion sociale, ainsi que les membres du Réseau citoyen. Une journaliste communautaire a résumé son rôle en une seule phrase :

« Je suis les yeux de ma communauté au sein de l’établissement, et la voix de l’établissement sur les réseaux sociaux. »


Ces bénévoles, formés et soutenus par les autorités locales, constituent un impressionnant réseau citoyen fondé sur la confiance et un objectif clair.

1. Nos défis sont les mêmes, même si nos contextes diffèrent

Cette expérience confirme que l’apprentissage collaboratif entre organisations du Sud n’est pas une simple formalité, mais une nécessité stratégique. Nous ne partons pas de zéro à chaque nouveau projet. Nous pouvons nous appuyer sur les expériences de nos voisins pour accélérer nos progrès, affiner notre approche et éviter les erreurs déjà commises ailleurs.

2. Les communautés ne sont pas de simples bénéficiaires. Ce sont des participants actifs.

C’est peut-être là la leçon la plus importante à retenir de cette visite. Le projet CLEAR ne travaille pas pour les communautés. Il travaille avec elles et, surtout, il les aide à agir par elles-mêmes. Au Bénin, nous pourrions nous inspirer de ce modèle en impliquant davantage les communautés — non seulement en tant que public cible des actions de sensibilisation, mais aussi en tant que co-concepteurs d’outils de redevabilisation.

À nos partenaires, à nos donateurs et à toutes les organisations de la société civile engagées en faveur de l’éducation en Afrique de l’Ouest : investissons ensemble pour tisser des liens et apprendre les uns des autres.

Car plus nos liens sont solides, plus notre impact collectif est grand..


3.Sans transparence, pas de redevabilité

Le tableau d’affichage des données ouvertes de l’école de Karee nous a rappelé une vérité simple qui se perd parfois dans la complexité de nos projets : les citoyens ne peuvent pas demander des comptes aux responsables pour ce qu’ils ne peuvent pas voir. Rendre accessibles les données scolaires — sur le fonctionnement, le financement et les résultats — est une condition préalable à une participation citoyenne significative. Au Bénin, adapter ce modèle en présentant les données sous forme visuelle et en les traduisant dans des langues locales telles que le fon, le bariba ou le dendi pourrait considérablement changer la manière dont les communautés rurales s’impliquent auprès de leurs écoles.

4. La radio et les réseaux sociaux : des alliés dont nous n’exploitons pas encore pleinement le potentiel

Les émissions de radio du Girls’ Caucus et les publications des journalistes communautaires touchent des milliers de personnes à moindre coût. Elles créent une dynamique publique qui rend le statu quo politiquement coûteux pour les décideurs. Au Bénin, nous disposons d’un réseau dense de radios communautaires et d’une population jeune connectée. Nous n’avons pas encore pleinement exploité ces ressources pour amplifier notre action de plaidoyer.

Et maintenant, c’est à votre tour… Cinq jours au Ghana. Nous avons parcouru des centaines de kilomètres entre Tamale, Talensi, Bolgatanga et Nalerigu, et avons eu des dizaines d’échanges avec des membres des communautés, des femmes leaders, des jeunes, des responsables locaux et des enseignants. Et une certitude grandissante : les solutions existent bel et bien. Elles sont souvent juste là, à portée de main, portées par des gens ordinaires qui accomplissent des choses extraordinaires. À nos partenaires, à nos donateurs et à toutes les organisations de la société civile engagées en faveur de l’éducation en Afrique de l’Ouest : investissons ensemble pour tisser des liens et apprendre les uns des autres. Car plus nos liens sont solides, plus notre impact collectif est grand.

Les « Caucaus Girls » dans une émission de radio

DEDRAS

Des équipes venues du Bénin et de Tamale rencontrent le personnel et la communauté locale à l’école Saint-Joseph de Karee, dans le district de Talensi

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Photo de groupe avec les « Caucaus Girls » à la fin de l’émission de radio à Balgatanga

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La directrice de l’école Saint-Joseph de Karee présente le tableau de bord des données ouvertes

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Les membres de la communauté de Karee

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